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Il y a plus d'un siècle, Kipling avait écrit le poème "If you can..." qui a beaucoup inspiré d'êtres. Ce texte me séduisait, mais certaines de ses parties me rebutaient. Je me suis permis de l'actualiser. J'ai utilisé comme base de départ la belle traduction d'André Maurois. Le texte a perdu de sa grâce poétique, mais je me sens plus en accord avec son fond.

Jean-Philippe Mars 2017

Si tu peux…

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et utiliser cette perte pour grandir en conscience,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Pour quitter les notions de défaites et de science ;

Si tu peux aimer détaché de tout objet,
Si tu peux être fort de tendresse et douceur,
Et, te sentant haï, ne rien changer à tes actes,
Faire ce qui est juste sans lutte ni défense ;

Si tu peux supporter d’entendre tes sensations
Travesties par le mental et les commentaires,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
En demeurant fidèle aux cours de tes ressentis ;

Si tu peux rester vrai même en étant populaire,
Si tu peux rester toi-même en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes ennemis en frère,
En les voyant comme identique à toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais que l’ego ne s’en empare,
T’être défait de la pollution des rêves,
Agir sans pensées depuis le cœur du silence ;

Si tu peux être ferme sans jamais te fermer,
Si tu peux être brave en englobant tes peurs,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans rien vouloir paraître ou prétendre ;

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs dans ton cœur,
Si tu peux respecter le fil de ton intuition
Quand tous les autres s’égarent dans leurs têtes ;

Alors la Vie, à travers ses mille miroirs,
Te reconnaîtra comme son alliée et comme elle-même,
Et, ce qui vaut mieux que les dieux et la gloire,
Tu incarneras pleinement la Conscience, mon fils, ma sœur, mon ami.





Les racines de la non-violence

Jean-Philippe
Depuis une trentaine d’années, je poursuis une recherche sur ce que sont les causes de la violence. Je me suis rendu compte que je trouvais toujours une nouvelle cause derrière celle que je prenais comme la cause première à une époque. Depuis quelques années, il me semble avoir mis à la conscience cette cause primordiale qui est pour moi la croyance en un individu isolé. Toutes les violences que nous pouvons trouver sur cette Terre, quelles qu’elles soient en découlent. Il y a en fait deux croyances là-dedans. D’abord celle extrêmement douloureuse en notre isolement. A partir du moment où je me crois séparé, je vais devoir employer des moyens pour tenter de retrouver le fil de la connexion, mais la situation restera toujours pénible parce que, tant que se perpétue l’imaginaire de la séparation, les moments de reliance, de grâce, seront vécus comme précaires.

Il existe une unité profonde entre les êtres. Nous sommes interconnectés et à chaque moment où nous pouvons nous offrir de l’écoute cette évidence du lien essentiel qui nous unit ressurgit. Cette croyance en la séparation est illusoire, mais nous prenons souvent des chemins laborieux, difficiles pour la démanteler. C’est par le ressenti que nous pouvons retrouver ce chemin, le ressenti recréant la sensation d’unité.

L’autre croyance est celle en une personnalité. Je me suis habitué aux images que j’ai construites sur moi. Mais en fait dans le travail de démantèlement de nos défenses j’ai constaté que ce que j’imaginais pouvais définir la personnalité finalement disparaissaient quand la défense tombait. Je devais trouver autre chose pour me qualifier, une autre défense tombait et de nouveau il n’y avait plus rien. J’ai réalisé que nous sommes inqualifiables. Quand nous essayons de nous représenter nous appauvrissons l’extraordinaire richesse de l’humain. Si nous pouvions donner une image : nous sommes tous des rois et des reines (c’est un autre appauvrissement, mais il est un peu plus proche de la réalité). Cette royauté est difficile à vivre parce que la barrière de la croyance veut nous limiter.

La souffrance liée à cette double croyance génère toutes les folies que nous pouvons ramener sous le mot « violence ».

Muriel
Pour continuer dans cette ligne sur laquelle tu nous invites, il y a pour nous une dimension fondamentale dans cette reconnexion à qui je suis derrière l’image, derrière la personne, derrière tout ce qui a été construit de mon histoire. Il peut se vivre une profonde rencontre et reconnexion avec qui je suis au-delà de toutes ces représentations, concepts, images, cristallisations. Quand j’effectue cette nouvelle rencontre, alors se déploie aussi la reconnexion à l’autre. Parce que j’ai reconnu chez moi ma grandeur, ma beauté, je vois plus autrui à partir de l’évidence de sa beauté, (ce ne sont évidemment que des mots à entendre au-delà). Quand les images, les représentations et les croyances tombent, il s’installe une liberté totale d’être et une simplicité dans la relation. Je peux constater que chaque fois que je suis repris par un schéma, que je suis repris par une croyance, une tension se manifestera. Elle me sera présentée à l’extérieur, elle me sera présentée à l’intérieur, la vie cherchera à me la montrer pour m’éveiller un peu plus à ce que je ne suis pas.

Du coup, l’oeuvre de chacun est de s’éveiller à ce qu’il est derrière ces apparences, à ce qu’il est en réalité, et simplement de contacter ce lien profond qui le ramène à l’unité. Après, cette séparation tombe naturellement, par évidence, il n’y a rien à faire. C’est le sens de l’accent que nous mettons dans les centrages, dans le travail, sur un essentiel, sur le lien du cœur qui nous fait quitter l’histoire, les représentations pour reconnecter à cette paix, cette tranquillité que nous cherchons tous. Elle est toujours là, elle est juste voilée parfois par nos représentations, par ce que nous mettons d’affect ou de constructions mentales.


Jean-Philippe et Muriel juin 2016




Laissons brûler la maison

Jean-Philippe
Parfois la vie nous offre ces merveilleuses opportunités que sont ce que j’appelle les « emmerdeurs » ou les « emmerdements ». Elles ont l’avantage de remettre en question nos représentations, aussi louange à l’emmerdeur ! C’est grâce à mon traumatisme, ma blessure, mon cancer, mon voisin, ce que je crois être mon échec, etc., que je peux quitter l’image lénifiante que j’essaie de garder de moi-même et me remettre dans le flux de la vie.

Quand notre maison est en feu il y a naturellement le réflexe d’appeler les pompiers (cette image est venue à Muriel et je la trouve très pertinente). Dans le travail que nous proposons nous n’appelons pas les pompiers, parce que ce travail est de laisser brûler la maison. Comme la maison n’existe pas le mieux qu’il puisse arriver est qu’elle brûle. Quand elle aura brûlé, le château, qui lui est réel, apparaîtra.

Notre méthode de travail est de laisser brûler. Cela brûle, c‘est parfait. Que pouvons-nous faire ? Ressentir. Nous laissons se déployer la brulure. La brulure guérit, elle est salubre, elle va créer un espace à l’intérieur, un espace de paix. Et c’est aussi parce que j’accompagne la brulure que l’espace de paix grandit. Le processus est double.

Ainsi, nous effectuons un travail de déconstruction de nos imaginaires, de nos projections, de nos préjugés, d’ouverture à la force du présent, par l’assise dans le ressenti. Nous enlevons des croyances et nous laissons augmenter l’intensité du ressenti. Cela s’opère parce que nous revenons simplement à ce que nous sommes, il n’y a rien à faire.

Muriel
Nous avons souvent constaté dans notre cheminement, ainsi que dans notre travail, que de focaliser sur ce qui est tendu, ce qui ne va pas, nous amène toujours à autre chose qui ne va pas, etc., et nous y perdons beaucoup d’énergie. Vous avez entendu parfois que notre invitation était de revenir à notre lumière intérieure, à notre soleil intérieur, à notre paix intérieure, et de laisser rayonner à partir de là. Nous avons réalisé que, quand nous intensifions ce rayonnement, naturellement il brûle, naturellement il dissout. Cela participe à un travail plus profond, plus global, parce que si nous restons dans un petit détail, un autre détail forcément apparait et nous demeurons toujours dans la superficie et dans la périphérie. Au moment où nous venons dans ce cœur de nous-mêmes, dans ce soleil intérieur (j’aime bien cette image, il brille, il est là toujours), l’intensification de cette lumière brûle et dissipe tensions, schémas et même se propage à l’extérieur ; elle va au-delà de nous-mêmes. Le processus s’effectue évidemment pour nous, mais aussi pour d’autres. C’est touchant et beau pour nous de sentir cette puissance intérieure de lumière et d’amour au service de la vie, du déploiement, de l’expansion de chacun.

J’avais envie de témoigner de cela et d’encourager à ce que nous donnions notre attention à notre propre lumière à notre propre soleil pour qu’il puisse vraiment grandir, se déployer, diffuser et aider à pacifier notre système et au-delà.


Jean-Philippe et Muriel juin 2016





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