La reliance
De Muriel Hemelsoet et Jean-Philippe Faure – mars 2013


Avec la reliance nous touchons à l’essence de la non-violence, parce que la source première de toutes nos blessures, de toutes nos souffrances, c’est l’idée de la séparation. Quand nous croyons cela, nous sommes toujours dans une fragilité face à notre environnement. Nous devons nous battre pour garder nos relations, pour nous préserver des agressions et une part de nous est toujours dans une position de défense. A partir du moment où nous quittons cette idée, et que nous rentrons dans le ressenti de la reliance, il n’y a plus rien à défendre: nous sommes en lien avec notre environnement. Pourquoi nous défendrions-nous de ce qui nous compose? C’est cette non-défensivité qui marque l’entrée dans ce qu’on appelle la non-violence.

La reliance n’est pas un concept, une idée, mais un ressenti. Elle représente une sensation tangible, sans cesse renouvelée et pourtant inépuisable. Pour me relier à mon entourage je n’ai rien à faire, arrêter justement de faire, de vouloir remplir un vide; je n’ai qu’à m’ouvrir à ce vide et laisser s’intensifier le contact avec mon environnement. Quelles que soient les capacités de mon imagination, la reliance me permettra d’aller plus loin qu’elle, son potentiel est bien au-delà! C’est ce que je ressens à travers ma pratique qui est mon guide pour l’approfondir.

Il y a dans le monde du ressenti un aspect savoureux. Avec la reliance, s’ouvre à moi tout un patrimoine auquel je n’avais pas accès: l’humanité. Je peux me relier à chaque être humain et créer une qualité de connexion avec sa saveur particulière. L’humanité forme mon patrimoine de liens, mais aussi toute la biodiversité. Je peux entrer en liaison avec chaque aspect du vivant et goûter sa tonalité spécifique de joie. Il n’y a pas la même qualité de joie si je me relie à un dauphin ou si je me relie à un chêne, chaque être à son essence qui lui est propre. La perte de la biodiversité, qui est un des problèmes essentiels de notre époque, représente un appauvrissement de notre capacité de joie.

À travers chaque expérience de reliance, j’ancre dans ma conscience cette évidence de non séparation. Peu à peu, il ne m’est plus possible de me croire seul parce qu’aucun individu n’est présent en ce moment dans ma maison, alors que je ressens le lien potentiel avec des milliards d’êtres.

Toucher en profondeur cet état demande une pratique, une attention quotidienne. Nous en avons l’occasion chaque fois que nous croisons un être vivant, nous pouvons prendre quelques minutes pour le rejoindre dans l’invisible. Mais surtout, si nous voulons vraiment atteindre cette attitude intérieure non-violente, c’est lorsque nous sommes pris par des jugements et des critiques sur l’autre, que la pratique de la reliance peut nous rendre la sérénité du cœur. Cette action aide aussi à décristaliser les mémoires collective imprégnées par les guerres et les luttes. Nous posons donc un acte qui a un impact planétaire, si nous le faisons dans cette conscience. Le bénéfice qu’apporte cette pratique pour la globalité du vivant est au delà de ce que nous pouvons mesurer.